Le trophée des gazelles : le rallye-raid qui n'est pas tout à fait un rallye-raid
L'INFO DU JOUR - Chaque année, plusieurs centaines de femmes s'élancent dans le désert pour une drôle de course auto qui n'en est pas vraiment une. Qu'est ce qui les motive et qu'est ce qui fait que le trophée des Gazelles perdure depuis 30 ans ? Reportage.

Dominique Serra est soucieuse, mais pas trop inquiète. « On a 344 inscrites cette année, il nous en manque 25 pour que le rallye soit bénéficiaire, mais l’an prochain, on fête les 35 ans et on fait déjà le plein ». Le rallye, c’est celui des Gazelles que sa patronne a fondé en 1990 et qui ne s’est interrompu qu’une seule année, Covid oblige.
Pour l’heure, la boss sonne le réveil au bivouac, entre Erfoud et Merzouga dans le désert sud marocain, A 7h tapantes, c’est le départ de la deuxième étape de ce rallye-raid qui n’est pas tout à fait un rallye-raid. « Mais qui n’est pas non plus une partie de plaisir » comme le confirment les deux filles de cet équipage qui sont rentrées très tard au camp de base, perdues plusieurs heures dans le désert.
Des règles ultra simples
Mais si cette course n’en est pas vraiment une, de quoi s’agit-il ? « De rallier un point A à un point B, en plein Sahara, en faisant un minimum de kilomètres, sans GPS, à l’ancienne » résume Dominique Serra. Simple. Mais surtout, c’est aujourd’hui la seule épreuve du genre exclusivement réservée aux femmes.
Ce qui attire les constructeurs, qui, de Volvo à Dacia en passant par Jeep, engagent des autos depuis leur siège français ou leur filiale marocaine. Ainsi les Gazelles deviennent la récompense d’un concours interne décernée aux meilleures collaboratrices dans chacune des marques.
Mais les Gazelles ne sont pas qu’une opération de communication interne à peu de frais (35 000 euros l’inscription tout de même), alors que les salaires des femmes sont toujours inférieurs (en moyenne) de 15% à celui des hommes. Car les constructeurs « officiels » et leurs équipages internes ne représentent que 10% des inscrits.
Les autres qui s’acharnent dans les dunes dans des Niissan Patrol , Volkswgaen Touareg et autres Mitsubishi L200 préparés pour l'occasion, sont des privées, des « poireaux » comme on les désigne en jargon rallye-raid, qui se mettent en quête de petits sponsors pour participer à l’aventure. Et elles ont une moyenne d’âge de 43 ans.

Que recherchent-elles, hormis un goût de Dakar et la sensation que procure le fait de rouler dans les dunes de Merzouga ? Un défi personnel, l’approche de ses limites ou l’entraide entre filles, cette fameuse « sororité » ? Tout cela à la fois, et même un plus, qu’elles découvrent après l’épreuve. Comme Céline, qui revient aux gazelles. Elle y a déjà participé il y a quelques années et, à la suite de sa virée dans le désert, elle a indiqué son aventure sur son CV, « ce qui m’a permis d’être embauché. Mon employeur m’a dit que c’était un signe de persévérance et d’autonomie ». Et c’est lui, aujourd’hui, qui sponsorise, en partie son expédition.
Le rallye-raid, ou sa version édulcorée, serait donc un outil pour servir la cause des femmes ? c’est ce que pense sa patronne qui, en 1990, avec son agence a répondu à une commande de la chambre de commerce de Haute Marne. Le brief : mettre en valeur la force, le courage et l’audace des femmes. Organiser les Gazelles a été sa réponse et, de 9 équipages inscrits la première année ont inauguré l’aventure qui s’est multiplié pour atteindre le niveau de la caravane de cette année.

La cause des femmes en vogue, les rallyes-raids beaucoup moins
Mais si la cause des femmes est aujourd'hui plus en vogue qu'il y a 35 ans et fort heureusement, le rallye-raid l'est beaucoup moins, accusé de tous les maux. Alors les Gazelles ont rapidement pris un virage plus humanitaire avec l'association Coeur de gazelles qui soigne les populations locales tout au long du périple, avec plus de 100 soignants bénévoles. L'épreuve s'est également ouverte aux voitures électriques dès 2017 et, depuis cette année, au rétrofit.
Suffisant pour prolonger le succès ? Dominique Serra en est persuadé et attend son anniversaire avec impatience. Pas le sien, mais celui de ses Gazelles en 2026.
Photos (6)
Déposer un commentaire
Alerte de modération
Alerte de modération