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Freinage fantôme : comment le smartphone a tué l’automobile

Dans Pratique / Autres actu pratique

Jean Savary

Après les airbags Takata, le nouveau scandale automobile s’appelle freinage fantôme. En attendant l’affaire du « virage fantôme », il faut se demander pourquoi nous ont été imposées ces aides…

Freinage fantôme : comment le smartphone a tué l’automobile

« Les dispositifs comme l’aide au maintien dans la file ou le freinage automatique d’urgence, on les installe pour que les gens puissent continuer à téléphoner en conduisant. » Cette phrase entendue vendredi dernier dans l’émission de France Inter « Le téléphone sonne », est ce que j’ai entendu de plus pertinent sur l’affaire du freinage fantôme.

Cette affaire typiquement aoûtienne, quand les médias n’ont pas grand-chose à se mettre au sommaire, aura au moins eu le mérite de pousser l’État à lancer une enquête. C’est qu’il ne s’agit pas seulement de désagréments et de frayeurs, il y a eu un décès en 2023 alors passé sous les radars, la passagère d’une voiture percutée par l’arrière. Et plusieurs accidents ces dernières années.

Le lendemain de l’émission, sur l’autoroute A1 direction Paris, méditant ce que j’allais écrire pour Caradisiac, j’évitais de justesse un SUV ralentissant brutalement et sans raison dans une descente. Pas de feu stop allumé, c’était un « ralentissement fantôme ». La raison, un panneau de limitation à 70 km/h placé en amont et son rappel un peu plus loin. Une restriction destinée aux caravaniers comme en atteste le petit écriteau en dessous, non pris en compte par le scanner de l’auto, peut-être parce qu’il est masqué par l’écran anti-éblouissement qui sépare les deux voies. C’est le cas dans le sens Sud-Nord, ce qui m’avait déjà valu une peur bleue il y a quelques années : un conducteur précautionneux s’était mis debout sur les freins.

Freinage fantôme : comment le smartphone a tué l’automobile

« Nous vivons une époque moderne »

Deux ans plus tôt, inaugurant ma nouvelle voiture et testant ses gadgets, j’avais moi-même subi la même surprenante décélération au même endroit. Et de nombreuses autres, au niveau de chaque sortie, quand mon lecteur de panneaux interprétait comme l’allure en vigueur la limitation à 70 de la voie de sortie, et encore plus souvent -et désagréablement - les panneaux 50 « en cas de brouillard » nombreux sur l’A1. Dangereux et insupportable car il faut avoir le réflexe de claquer la pédale de droite au plancher et, via la boîte auto, faire hurler le moteur, pour reprendre de la vitesse et éviter de se faire emboutir. Réflexe que n’a pas eu mon SUViste de samedi : dans mon rétroviseur, je l’ai vu de loin se faire dépasser de gauche et de droite à grands coups d’appel de phare.

À propos, je n’aurais pas dû regarder dans mon rétroviseur, cette manie est devenue ultra-dangereuse depuis que sévit le freinage fantôme. Il est également devenu dangereux, sur autoroute, de rouler à droite, là où la maudite petite caméra a le plus de chance de lire le mauvais panneau. « Nous vivons une époque moderne », comme disait l’indépassable Philippe Meyer.

Le B-A BA pour garder ses permis B et A

J’ai immédiatement cessé d’utiliser ce régulateur aussi intelligent qu’illettré et, désormais, me contente du limiteur, ce machin rudimentaire qui vous laisse conduire (conduire, pensez donc) à votre guise avec tous vos pieds en garantissant une vitesse maximale, et non minimale, ce qui me semble le B-A BA pour garder ses permis B et A.

Surtout, j’ai la chance, contrairement aux acheteurs des nouveaux modèles aux nouvelles normes, de ne pas avoir à désactiver ces ADAS à chaque démarrage ; hormis la correction de trajectoire, il me suffit de ne pas les activer.

Pourtant, le freinage d’urgence automatique, je vote pour. Le maintien actif dans la file aussi, même si je peste régulièrement contre le mien, que ce soit sur route de montagne où il n’y a plus moyen de « trajecter » ou sur autoroute quand il veut m’empêcher de me rabattre après un dépassement, clignotant droit oublié.

Je vote pour car en tant que motard, je suis bien placé – en hauteur et en remontant les files - pour constater qu’une part importante des automobilistes (et camionneurs, je suppute) conduisent avec un doigt et un œil sur le téléphone voire le tiennent en main et ne voient que lui.

Bref, je dois peut-être à ces équipements d’être encore en vie.

Freinage fantôme : comment le smartphone a tué l’automobile

ADAS ou brouilleur de téléphone ?

On en est là parce qu’il y a quinze ou vingt ans, les instances normalisatrices internationales ont eu à faire un choix déterminant pour l’industrie automobile.

- Soit rendre obligatoire dans toutes les voitures un brouilleur de communication qui interdise de se servir de son téléphone autrement qu’en mode GPS passif.

- Soit imposer peu à peu aux constructeurs l’installation de toutes ces ADAS qui pallient les distractions et le manque d’attention générés par l’appareil.

Je ne suis même pas sûr qu’il y eut débat, en tout cas c’est le téléphone qui a gagné comme le constate notre expert sur France Inter.

Dès lors, on peut trouver les ADAS pénibles, intrusives, désagréables, constater qu’elles ont fait grimper le prix de nos voitures, les rendent plus difficilement réparables et ne fonctionnent pas toujours bien, il est incontestable qu’elles sauvent des vies, sans doute en très grand nombre et que sans elles, nous n’aurions pas un tel usage – stupide si vous voulez mon avis – de nos smartphones.

Certes, ces assistances causent des morts, comme l’airbag quand il est mal employé (sans ceinture) ou mal conçu (Takata) et même comme la ceinture de sécurité à ses débuts. Il y a un bail, tout juste débarqué à Auto Moto, je découvrais dans un tiroir de mon bureau un vieux livre publié en 1975 : « La ceinture qui tue. » L’auteur avait des arguments et des exemples mais ils n’ont pas été pris en compte au nom du principe bénéfice-risque : on n’allait pas rendre facultatif cet équipement qui allait sauver des millions de vie parce que quelques personnes n’avaient possiblement pas réussi à se détacher dans une voiture retournée, en flamme ou tombée dans un fleuve.

On a simplement amélioré la ceinture de sécurité. Il en sera de même des ADAS.

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Un remède contre la vente ?

En attendant, nous pestons - et moi le premier – de ne plus pouvoir conduire « normalement », c’est-à-dire pas toujours parfaitement. La ceinture, l’ABS et l’airbag n’avaient rien changé à notre rapport à la voiture. Cela avait commencé à évoluer un peu avec l’ESP qui frustrait les amateurs de virage en travers et avec le frein à main automatique qui interdisait une certaine façon de faire demi-tour (au frein à main si ça vous avait échappé), mais en conduite « père de famille », ces systèmes s’avèrent transparents.

Désormais, l’électronique se permet d’actionner les freins, la direction et la pédale d’accélérateur, soit ce par quoi s’exerce la domination de l’homme sur la machine et ce en quoi consiste le plaisir de l’exercice.

Forcément, cela déplaît, jusqu’à devenir un véritable remède contre la vente de voitures neuves.

On m’opposera que des gens sont ravis de voir rattrapés leurs petits et grands écarts et aiment ressentir la main invisible qui force le volant ; c’est possible mais je n’en ai pas encore rencontré.

Au contraire, dans ma famille, parmi mes amis, mes confrères, sur internet, je ne compte plus les témoignages de gens prêts à payer fort cher, et même excessivement cher, des voitures d’occasion pas trop récentes, pas trop anciennes non plus, qui soient dépourvues du moderne attirail. Avec des compteurs à aiguille aussi. Et du vrai cuir. Ou à les conserver « quoi qu’il en coûte » selon la formule consacrée, c’est-à-dire en consacrant à leur entretien des sommes déraisonnables.

Je ne compte pas non plus les histoires de devis (ou factures) délirant(es) pour le remplacement d’un écran ayant subitement renoncé à être tactile (plus de clim, de radio, de GPS…), d’un radar de stationnement HS qui bipe à rendre fou ou autre merveilles gadgetoïdes. Ceux qui les racontent ne veulent plus d’une voiture « bien équipée », eux aussi rêvent d’une Golf 4 ou d’une Série 3 E46 état concours.

Je n’irai pas jusqu’à dire qu’il faut chercher là les causes de la panade du marché du neuf - et de la hausse des prix de l’occasion – d’autres raisons s’imposent à l’esprit – mais il souffle un mauvais vent de désamour sur le progrès automobile.

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